Au coeur du burn-out : ces sentiments qui engloutissent

Symptômes intérieurs - illustration

C’était un matin comme les autres. Du moins, je le pensais. Le réveil a sonné, la lumière filtrait à travers les volets et pourtant, je suis restée dans mon lit, figée sous mes draps. J’étais simplement incapable de me lever, comme si mon corps était vide d’énergie, vide de tout. Je n’avais plus aucune motivation, plus aucune envie. Mon crâne était enveloppé d’un brouillard dense. Chaque geste était devenu insurmontable.

Je ne le savais pas encore mais j’avais déjà poussé beaucoup trop loin dans mes retranchements. Et le burn-out a ainsi eu raison de moi.

Ce que j’ai traversé mais qui ne se voyait pas

De l’extérieur, ma dépression était évidente. Enfin… C’est ce que je croyais mais en fait, ça ne l’est pas pour tout le monde. Pourtant, les signes et symptômes ne manquaient pas : les larmes, la fatigue intense, la perte d’appétit, les nuits blanches, les sourires qui sonnaient faux… Tout était là.

De l’intérieur, c’est un combat solitaire que beaucoup ne peuvent comprendre. C’est un chaos silencieux qui m’a rongé l’âme en trop peu de temps. J’ai traversé ça seule. Et si vous lisez ces lignes, peut-être que vous y êtes encore. C’est pour ça que je me permets de nommer ici ce que tout le monde tait : la dépression qui s’infiltre, le sentiment de vide qui creuse, l’incompréhension qui isole, la culpabilité qui parade en boucle, la perte de sens qui désoriente, la perte d’intérêt qui transforme le monde en grisaille et cette envie de mourir qui effleure l’horizon…

Le burn-out a commencé par un poids invisible, comme un marteau de plomb qu’on enfile sans s’en rendre compte. Au début, c’est subtil : une fatigue qui ne part pas après une bonne nuit, un sourire forcé. Puis elle s’installe, lourde et lancinante. Je me suis sentie engourdie, comme si les couleurs du monde s’étaient fanées. Les petits joies, un rayon de soleil, un message d’un ami, ont glissé sans laisser de trace. La tristesse s’est emparée de moi. Elle n’était pas spectaculaire, comme dans les films, mais tenace. Elle m’a murmuré que plus rien ne valait la peine.

Un beau jour, mon corps a capitulé. J’ai passé des journées entières à fixer le mur, me demandant pourquoi je n’y arrivais plus. Pourquoi je me sentais si faible, si inutile. Et ce qui me faisait le plus mal, c’était de savoir que le lendemain serait pareil.

Le vide

Est ensuite venu le sentiment de vide, ce gouffre au creux de mon ventre qui avalait tout. J’avais tout donné : au boulot, à la famille, à ces attentes invisibles de la société. Que me restait-il ? Rien. Un vide vorace. Il a effacé mes souvenirs joyeux. Il a rendu mes projets futurs absurdes.

Les rares fois où je sortais et j’entendais les rires des autres, je me sentais comme un coquillage abandonné sur la plage : creux, inutile, oublié. Mon coeur s’était évaporé. Et le pire ? Le regard et le jugement de mon entourage, incapable de comprendre : « T’as tout pour être heureuse ! »

Les mots bienveillants de mes proches sonnaient comme des accusations. Je me suis sentie incomprise, isolée dans une bulle de verre. Personne n’a vu mon raz-de-marée intérieur. Ils ont juste vu quelqu’un de « fatigué ». Cette solitude a tout amplifié. Je hurlais à l’intérieur de moi. Et le monde a continué à tourner sans moi.

La culpabilité

La cerise empoisonnée sur ce gâteau amer : mon sentiment de culpabilité. Il s’est invité à chaque pause. J’ai pensé que tout était de ma faute, que j’étais faible, incapable. Cette culpabilité était un piège vicieux. Elle m’a blâmé alors que le système était déjà en train de me broyer. J’ai culpabilisé pour des repas sautés, des fêtes oubliées, des moments familiaux perdus. J’ai culpabilisé de ne plus être la maman / l’amie / la femme que j’étais censée être. Elle m’a rongé, jour après jour, jusqu’à ce que je me sente indigne de recevoir de l’aide.

La perte de sens l’a suivie : à quoi bon ? Le boulot qui me passionnait est devenu vide de sens, une roue qui tourne pour rien. Les passions – lire, écrire, créer – sont devenues des corvées. J’ai regardé ma vie, plus d’une fois, en me demandant : ça sert à quoi tout ça ?

La mort

Dans les nuits les plus sombres, l’envie de mourir m’a effleuré l’esprit. Au départ, ce n’était pas un désir flamboyant, mais une lassitude infinie. J’avais envie que tout s’arrête, simplement. C’était terrifiant, et tabou. Dans le burn-out, c’est comme si mon cerveau, épuisé, envisageait l’option « off » pour soulager ma douleur. J’ai connu des pensées fugaces, des murmures qui me faisaient peur. Puis, elles sont devenues de plus en plus présentes. De plus en plus évidentes.

Le monde était plat, sans saveur. Tout était devenu inutile, ou me demandait trop d’effort. Même les plaisirs simples ne me procuraient plus rien. J’étais dans l’apathie totale, ce néant où l’énergie s’était évaporée.

De l’espoir a persisté

J’ai tenu bon grâce à mes enfants. Et pourtant, la mort avait tenté de me convaincre de les emmener avec moi. Mais mon amour pour eux a été bien plus fort.

J’ai demandé de l’aide. A mon médecin. A mon psy. Ils m’ont écouté et m’ont permis de mettre des mots sur mon mal-être. Ils m’ont compris et m’ont dit et répété que ce n’était pas de ma faute. Et ça a finit par rentrer. Ce fut la lumière au bout du tunnel.

Le burn-out n’est pas une fatalité. C’est un signal pour ralentir, pour demander de l’aide, pour reposer les fondations de sa propre vie. Chez moi, c’est l’écriture qui a commencé à combler le vide. La guérison fut lente, sinueuse. Elle n’est toujours pas aboutie. Mais je ris à nouveau aux blagues idiotes. Et j’entrevois à nouveau l’avenir. Ce n’est que du court terme, certes mais c’est déjà un mieux. Le burn-out s’est allégé.

Si ces mots vous parlent, sachez que vous n’êtes pas seuls. Le burn-out, c’est universel. En en parlant, on la domestique un peu.

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