Ce soir, comme tant d’autres, je me suis laissée emporter par la voix infiniment humaine de Lara Fabian. « Ta Peine », son single, tourne en boucle sur ma playlist. Les notes s’infiltrent dans mes veines, comme un sérum qui fait remonter à la surface ce que j’essaie parfois d’enterrer. Pareil, pareil. C’est toujours pareil avec la peine. Elle prend tout l’espace, on s’y habitue. Et le bonheur s’efface pour qu’elle continue. Ces mots ne sont pas juste des paroles ; ils sont un miroir. Un miroir d’un amour impossible, qui me serre la gorge et qui, paradoxalement, me pousse à respirer plus fort. À créer. Pour oublier.
Un amour qui n’a pas pu être
Si tu lis ces lignes, tu sais peut-être déjà ce que c’est que de se sentir perdue dans un monde qui tourne trop vite. Très jeune, j’ai appris à mes dépens que la vie n’est pas une ligne droite. Elle est une roue, capricieuse, qui nous emporte sans nous demander notre avis. Et puis, il y a eu lui. Cet amour qui n’aurait jamais dû naître, mais qui a fleuri malgré tout, dans les fissures d’une existence déjà fragilisée. Un amour impossible, pas par manque de sentiments – oh non, les sentiments étaient là, intenses, voraces – mais par les circonstances. Des vies entrelacées ailleurs, des timings qui ne collent pas, des murs invisibles que la réalité dresse entre deux âmes qui se reconnaissent pourtant au premier regard.
Écouter « Ta Peine », c’est comme revivre cette histoire en accéléré. Lara chante : Avant que je t’aime puis qu’on se perde. Avant que la vie ne soit trop chienne. Trop chienne, oui. Cette vie qui nous offre des éclats de lumière pour mieux nous plonger dans l’ombre. Je me revois, les nuits blanches à ressasser des « et si ? », à imaginer des mondes parallèles où nos chemins se croisent sans heurts. La peine n’est pas seulement la perte ; c’est l’anticipation de la perte, ce deuil anticipé qui ronge de l’intérieur. C’est se lever le matin avec un poids sur la poitrine, sourire à ses enfants en se demandant si on mérite encore leur joie innocente. C’est aimer en silence, en sachant que chaque mot d’amour pourrait tout briser.
De la blessure à la Lumière intérieure
Et pourtant, dans cette peine, il y a une beauté brute, presque sacrée. Lara Fabian le dit si bien : Toi qui comme un magicien me prends. Pour m’emmener dans un monde où plus rien n’est pareil. Cet amour impossible m’a emmenée dans un monde à moi, un monde intérieur où je redécouvre mes couleurs. J’ai appris que le mal-être n’est pas une fin, mais un signal. Un appel à se réinventer. Cet amour, avec sa douleur lancinante, fait écho à ça. Il me force à questionner : qu’est-ce que je veux vraiment ? Pas ce que la société attend d’une femme de mon âge – une carrière stable, un foyer impeccable, des rêves rangés dans un tiroir. Non, je veux plus. Je veux respirer, profondément, en créant.
Transformer la douleur en souffle
Écrire cet article, c’est déjà une forme de création. Poser ces mots sur l’écran, c’est expulser la peine pour la transformer en quelque chose de tangible, de partageable. Comme dans mon roman, la fiction devient un exutoire, un moyen de survivre à ma propre vie. La musique de Lara, avec sa peine assumée, m’inspire à peindre, à écrire, à sculpter mes émotions. Parce que créer, ce n’est pas fuir la douleur ; c’est l’embrasser, la modeler, la rendre utile. Pour moi, pour mes enfants, pour vous qui lisez et qui, peut-être, vivez une peine similaire.
Si tu es là, en ce moment, avec le cœur en miettes à cause d’un amour qui n’a pas pu être, sache que tu n’es pas seul.e. La roue tourne, oui, mais elle tourne aussi pour nous ramener à nous-mêmes. Écoute « Ta Peine » – ou une autre chanson qui te parle – et laisse-la te guider vers ton propre souffle créatif. Écris un poème, dessine un croquis maladroit, cuisine un plat qui te rappelle des souvenirs doux-amers. Crée pour respirer. Pour te rappeler que, même dans l’impossible, il y a un possible : celui de te reconstruire, plus fort.e, plus vrai.e.